À sport égal, les femmes se rompent plus souvent le ligament croisé antérieur (LCA) que les hommes. Ce n’est pas une fatalité : une partie importante de ce sur-risque tient à la façon de sauter, d’atterrir et de changer de direction, et elle peut être corrigée par l’entraînement. Voici ce que montrent les études et ce qui fonctionne pour prévenir la blessure.

Un risque plus élevé, surtout dans certains sports
Une grande méta-analyse (Montalvo, 2019) retrouve un taux de rupture du LCA environ 1,7 fois plus élevé chez les sportives que chez les sportifs sur une saison. L’écart varie beaucoup selon le sport : il est d’environ 2 au football, d’environ 3 dans les sports de contact, et dépasse 5 dans les sports à réceptions acrobatiques comme la gymnastique.
Les sports les plus exposés restent ceux qui associent sauts, arrêts brusques et pivots : football, handball, basket, volley, ski. Voir : les sports les plus à risque pour le LCA et LCA et football.
Pourquoi cette différence ?
Plusieurs facteurs s’additionnent. Certains ne se modifient pas, d’autres oui.
- Le contrôle neuromusculaire (modifiable) : c’est le facteur principal. Beaucoup de sportives atterrissent jambes plus tendues et genou qui « rentre » vers l’intérieur (on parle de valgus dynamique). Dans l’étude prospective de Hewett (2005), les joueuses qui se sont ensuite rompu le LCA avaient, avant la blessure, un genou plus en dedans à la réception et des contraintes nettement plus élevées sur le genou.
- L’équilibre musculaire (modifiable) : des ischio-jambiers et des fessiers moins puissants protègent moins bien le genou.
- L’anatomie (non modifiable) : bassin plus large, échancrure du fémur parfois plus étroite, pente du plateau tibial, laxité ligamentaire un peu plus importante.
- Les facteurs hormonaux : leur rôle est étudié mais reste discuté.
La prévention fonctionne
C’est la bonne nouvelle : les programmes d’échauffement neuromusculaire (renforcement, équilibre, apprentissage de la réception, pliométrie) réduisent nettement le risque. En regroupant les méta-analyses disponibles, Webster et Hewett (2018) retrouvent une baisse d’environ 50 % de toutes les ruptures du LCA et d’environ deux tiers des ruptures sans contact chez les femmes.
Pour être efficaces, ces programmes doivent être :
- réalisés en début de séance, 2 à 3 fois par semaine, pendant toute la saison ;
- commencés tôt, idéalement dès l’adolescence, avant que les mauvaises habitudes motrices s’installent ;
- centrés sur la qualité du geste : genou dans l’axe du pied, réception souple, hanche et tronc gainés.
Exemples d’exercices : comment prévenir une rupture du ligament croisé.
Et après une rupture ?
Le traitement d’une rupture du LCA est le même chez la femme et chez l’homme. En revanche, le travail de contrôle du genou en rééducation et avant la reprise est particulièrement important, car le geste qui a conduit à la première blessure doit être corrigé pour éviter la récidive. Voir : quand reprendre le sport.
Questions fréquentes
Ma fille joue au football : à quel âge commencer la prévention ?
Le plus tôt possible : les études montrent un effet plus marqué chez les jeunes joueuses, avant le pic de blessures de la fin d’adolescence. Parlez-en à l’entraîneur : des programmes d’échauffement de 15 minutes existent et s’intègrent facilement aux séances.
La pilule ou le cycle menstruel augmentent-ils le risque ?
Les études sont contradictoires. À ce jour, ce n’est pas un levier de prévention reconnu, contrairement à l’entraînement neuromusculaire.
Une genouillère protège-t-elle ?
Non, aucune genouillère n’a fait la preuve qu’elle prévenait une première rupture du LCA. Le travail musculaire et technique est bien plus efficace.
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Références
- Montalvo AM, Schneider DK, Yut L, et al. “What’s my risk of sustaining an ACL injury while playing sports?” A systematic review with meta-analysis. Br J Sports Med. 2019;53(16):1003-1012. doi:10.1136/bjsports-2016-096274
- Montalvo AM, Schneider DK, Webster KE, et al. Anterior cruciate ligament injury risk in sport: a systematic review and meta-analysis of injury incidence by sex and sport classification. J Athl Train. 2019;54(5):472-482. doi:10.4085/1062-6050-407-16
- Hewett TE, Myer GD, Ford KR, et al. Biomechanical measures of neuromuscular control and valgus loading of the knee predict anterior cruciate ligament injury risk in female athletes: a prospective study. Am J Sports Med. 2005;33(4):492-501. doi:10.1177/0363546504269591
- Webster KE, Hewett TE. Meta-analysis of meta-analyses of anterior cruciate ligament injury reduction training programs. J Orthop Res. 2018;36(10):2696-2708. doi:10.1002/jor.24043
Article à visée d’information, qui ne remplace pas une consultation. Rédigé par le Dr Elliott Kierszbaum, chirurgien orthopédiste, ICSA Paris Nord.


