Rupture du ligament croisé et arthrose du genou : quel risque à long terme ?

Rupture du ligament croisé et arthrose du genou : quel risque à long terme ?

Rupture du ligament croisé et arthrose du genou : quel risque à long terme ?

« Si je me fais opérer, est-ce que j’éviterai l’arthrose ? » C’est une question que posent beaucoup de patients après une rupture du ligament croisé antérieur (LCA). La réponse est nuancée : la blessure elle-même augmente le risque d’arthrose, et l’opération ne l’efface pas complètement. En revanche, plusieurs facteurs sur lesquels on peut agir font une vraie différence.

Ce qui fait le lit de l’arthrose après une rupture du LCA : le choc initial sur le cartilage, les lésions du ménisque et les dérobements répétés

Un risque réel

Une méta-analyse portant sur l’ensemble des blessures du genou (Poulsen, 2019) retrouve un risque d’arthrose multiplié par 4 environ après une rupture du LCA, et davantage encore quand le ménisque est aussi atteint. Une étude suédoise célèbre a suivi des footballeuses 12 ans après leur rupture du LCA : plus de la moitié avaient des signes d’arthrose à la radiographie, alors qu’elles avaient en moyenne 31 ans (Lohmander, 2004).

Il faut cependant distinguer l’arthrose visible à la radiographie et l’arthrose qui gêne : beaucoup de genoux qui montrent des signes radiologiques restent peu ou pas douloureux.

Pourquoi le genou s’use-t-il ?

  • Le choc initial : au moment de la rupture, le fémur et le tibia s’entrechoquent. L’IRM montre presque toujours une contusion osseuse, et le cartilage peut être touché dès ce jour-là.
  • Le ménisque : c’est le facteur le plus important. Un ménisque déchiré puis retiré (méniscectomie) laisse le cartilage moins protégé.
  • L’instabilité répétée : chaque dérobement peut créer une nouvelle lésion du ménisque ou du cartilage.
  • Les facteurs généraux : poids, alignement des jambes, nouvelles blessures, âge.

L’opération protège-t-elle de l’arthrose ?

Pas directement. Dans l’essai randomisé suédois KANON, à 5 ans, il n’y avait pas de différence d’arthrose à la radiographie entre les patients opérés d’emblée et ceux traités d’abord par rééducation (Frobell, 2013). Les revues de la littérature vont dans le même sens : la ligamentoplastie ne supprime pas le risque lié au traumatisme initial.

En revanche, la reconstruction a un rôle essentiel pour protéger le ménisque quand le genou est instable : elle évite les dérobements qui l’abîment, et elle permet de réparer un ménisque déchiré plutôt que de le retirer. C’est là que se joue une grande partie de l’avenir du genou. Voir : rupture du LCA et lésion du ménisque et les risques si on ne se fait pas opérer.

Ce que vous pouvez faire pour votre genou

  • Ne pas laisser un genou instable : s’il se dérobe malgré la rééducation, il faut en reparler avec le chirurgien.
  • Préserver le ménisque : réparer chaque fois que possible.
  • Entretenir la musculature du quadriceps et des ischio-jambiers sur le long terme, pas seulement pendant la rééducation.
  • Surveiller le poids, qui pèse directement sur le cartilage.
  • Éviter la nouvelle blessure : reprise du sport au bon moment (voir ici) et échauffement préventif.

Questions fréquentes

J’ai été opéré il y a 15 ans et mon genou commence à faire mal : est-ce de l’arthrose ?
C’est possible. Une radiographie en charge et un examen permettent de le savoir. Selon le stade, les solutions vont de la rééducation et de l’adaptation des activités jusqu’à des gestes chirurgicaux spécifiques.

Faut-il arrêter le sport pour éviter l’arthrose ?
Non. L’activité physique est bénéfique pour le cartilage. Il s’agit surtout d’avoir un genou stable, bien musclé, et de choisir des activités adaptées à son état.

L’arthrose arrive-t-elle forcément ?
Non. Beaucoup de patients gardent un genou fonctionnel pendant des décennies, surtout quand le ménisque a été préservé.

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Références

  1. Poulsen E, Goncalves GH, Bricca A, Roos EM, Thorlund JB, Juhl CB. Knee osteoarthritis risk is increased 4-6 fold after knee injury: a systematic review and meta-analysis. Br J Sports Med. 2019;53(23):1454-1463. Voir sur PubMed
  2. Lohmander LS, Östenberg A, Englund M, Roos H. High prevalence of knee osteoarthritis, pain, and functional limitations in female soccer players twelve years after anterior cruciate ligament injury. Arthritis Rheum. 2004;50(10):3145-3152. doi:10.1002/art.20589
  3. Frobell RB, Roos HP, Roos EM, Roemer FW, Ranstam J, Lohmander LS. Treatment for acute anterior cruciate ligament tear: five year outcome of randomised trial. BMJ. 2013;346:f232. doi:10.1136/bmj.f232
  4. Ajuied A, Wong F, Smith C, et al. Anterior cruciate ligament injury and radiologic progression of knee osteoarthritis: a systematic review and meta-analysis. Am J Sports Med. 2014;42(9):2242-2252. Voir sur PubMed
  5. Lie MM, Risberg MA, Storheim K, Engebretsen L, Øiestad BE. What’s the rate of knee osteoarthritis 10 years after anterior cruciate ligament injury? An updated systematic review. Br J Sports Med. 2019;53(18):1162-1167. doi:10.1136/bjsports-2018-099751

Article à visée d’information, qui ne remplace pas une consultation. Rédigé par le Dr Elliott Kierszbaum, chirurgien orthopédiste, ICSA Paris Nord.

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